A quoi servaient-ils ?
Dès que nos occupants sont arrivés, beaucoup d'objets, gros ou petits, sont devenus inutiles....Un exemple, les appareils de chauffage ! Ce n'est pas qu'il faisait moins froid, c'est que nous n'avions rien à leur donner à manger ! Ni bois, ni charbon...Rien. Si ces amis des hivers précédents nous étaient restés fidèles et trônaient toujours à leur place habituelle, ils avaient un air si triste, se sentant parfaitement inutiles...
La cuisinière ? Bien astiquée comme jadis , ne
servait plus à rien et "décorait" simplement la grande cuisine qu'avant la guerre elle réchauffait tant, ajoutant même, pour le plaisir, le bonheur de cuire plats mijotés et rôtis, volailles,
tartes, tourtes, qui s'engouffraient dans le four et en ressortaient bien dorés et appétissants ! Le magnifique poêle qui se trouvait à la salle à manger,"Choubersky", je me souviens de son nom,
véritable objet d'art qu'on allumait en début d'hiver et qui ne s'éteignait qu'au printemps....Poêle "à feu continu", à lui seul, il chauffait les 3/4 de la maison ! Comme il faisait bon être à
ses pieds, les nôtres reposant sur des "repose-pieds" qui le décoraient sur les côtés. C'était un cadeau de mon grand-père parisien à mes parents, cadeau magnifique et tellement utile ! Il
faisait bon chez nous....Mais, cuisinière et poêle fonctionnaient...au charbon et même au bois pour la cuisinière... Mais voilà, les occupants avaient décidé de ne pas nous encombrer ou
d'encombrer nos caves avec ces matériaux...Ils devaient penser que leur présence comblerait tous nos désirs ! Combien ils se trompaient. Nous grelottions allègrement devant ces objets tant utiles
jadis...
Pour arranger le tout, l'hiver 1940/1941 a été très rude. Neige,
gel, verglas...rien ne nous a été épargné pendant plus de deux mois...Ma mère m'avait envoyée passer ce rude hiver à Paris, chez ma marraine, un appartement étant moins froid qu'une grande maison
! A Paris, des "stalactites" pendaient des toits, des fenêtres...Beau décor de Noël, tellement naturel ! Revenue début février (j'avais trouvé un travail chez un ami de mes parents) tout près de
chez nous, j'ai dû subir ce froid de la grande maison, où le moindre petit linge mouillé se transformait en glaçon...
Pas de bois, pas de charbon, pas de feu...Mais des engelures aux
pieds ! Quel mauvais souvenir ça ! C'était la guerre...
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