Billets de banque, oui mais.....
Je me souviens de ces billets de banque qui n'ont
circulé que peu de temps, en 1945/1946, et qui n'étaient pas aimés, mais alors là pas du tout, par les français ! Les billets de 300 francs...Ils étaient pourtant relativement
beaux, mais ils "avaient mauvaise presse" ! On les accusait de tout ! Alors qu'on sortait de l'occupation allemande, on disait qu'ils étaient des billets d'occupation émis par les américains...et
les gens n'avaient pas troqué une occupation pour une autre ! Si on avait été contents de voir arriver les américains, on voulait se sentir libres...Et puis, je crois qu'ils avaient été remis en
échange (ou en complément d'échange) des billets de banque émis par l'Etat Français sous le régime de VICHY retirés de la circulation et échangeables en quelques jours, dans le but entre autres
(non avoué) de constater les enrichissements plus ou moins licites du temps d'occupation ! Toujours est-il qu'on les boudait ! Et aux caisses des magasins, on entendait souvent "ah non, ne me
rendez pas de billets de 300 francs, personne n'en veut".... Bien difficile de démêler le vrai du faux dans toutes ces accusations des "mal-aimés" de l'époque ! J'en ai fait moi-même la
constatation un jour que j'avais été amenée, pour rendre service à ma mère, à tenir la caisse d'une boutique de charcuterie ! Une cliente, particulièrement exigeante tentait d'imposer ses
volontés concernant le rendu de monnaie...Je ne suis pas patiente et n'aurais jamais pu être commerçante ! Comme j'étais excédée, j'ai "planté là" la cliente, j'ai quitté la caisse en disant à ma
mère qu'elle se débrouille, que j'en avais assez ! Ce n'était pas bien de ma part, je le reconnais et pour l'image de marque du commerce, hum....
Tiens, ça me fait penser que c'était
l'époque où les prix caracolaient à qui mieux mieux ! Il y avait une cliente assez âgée, qui venait faire couper une tranche de jambon et qui, à chaque fois, la laissait en disant "c'est trop
cher, la vie était moins chère quand j'étais directrice d'école à PARIS..." C'était avant la guerre de 1914 !!! Ses enfants passaient dans les commerces du quartier et demandaient qu'on serve la
vieille dame...ils passaient payer ensuite ! Alors, imposer à cette vieille femme, en plus des prix de 1946, des billets de 300 francs, il ne fallait pas y songer ! Ma mère avait une patience
d'ange comme commerçante provisoire...mais pas comme cliente...brrr..elle n'était pas facile !
Petite histoire de cette fin de
guerre qui nous avait fait endurer tant de choses pourtant ! Nous avions sans doute des limites....